
Bien qu’Elisabeth Badinter soutienne qu’il est plus facile d’être une femme que d’être un homme, la condition de la femme a été réduite pendant des siècles à son rôle de mère et de femme au foyer. Il est vrai qu’un petit garçon se doit de devenir un homme, un vrai, selon l’injonction patriarcale et ancestrale, et ceci ne se fait pas sans douleur. Certains passent par des rites initiatiques extrêmement douloureux et avilissants, d’autres faute de rites, en sont réduits à obéir au stéréotype de l’homme viril, qui soumet les femmes, ne pleure pas, ne manifeste pas ses sentiments et réussit professionnellement… sous peine de n’être qu’une « femmelette » !!! C’est dans un livre publié dans les années 90, XY de l’identité masculine, qu’elle analyse les procédés d’identification propres aux hommes et tous les obstacles qui jalonnent ce processus. On les plaindrait presque ; pauvres hommes qui ne parvenez pas à vous séparer de maman, et à qui la société refuse votre part de féminité !!!!
Dans un livre plus récent, intitulé, Le conflit, la femme, la mère, elle met en évidence le changement culturel qui s’opère depuis les années 80 concernant la condition de la femme. Les mouvements féministes de l’après guerre revendiquaient l’égalité homme femme, l’insertion de celles-ci dans le marché du travail, bref leur émancipation ; non seulement des mères mais aussi et surtout des femmes qui maîtrisaient leur sexualité. De ces combats sortirent la pilule contraceptive et le droit à l’avortement. Mais des mouvements essentialistes et naturalistes virent le jour aux Etats-Unis, des mouvements qui réajustaient la définition de la femme autour de la fonction maternelle. N’ayant pu trouver sa place au sein du monde du travail et l’égalité avec les hommes restant une belle utopie, certaines femmes retrouvèrent dans la maternité et l’idée d’instinct maternel, l’essence de la femme, ce qui allait enfin lui donner un statut digne de ce nom. Ce mouvement essentialiste s’accorda parfaitement au courant naturaliste, favorable à l’allaitement et à la présence de la mère bienfaitrice auprès de ses enfants bien au-delà de l’âge de 3 ans…Ce n’est que dans ses fonctions maternantes que la femme-mère allait donner un sens à son existence ! et surtout pas dans une activité professionnelle qui l’obligerait à « abandonner » ses petits…ou comment faire culpabiliser la mère et expulser l’homme de la maison, une aubaine pour certains hommes hostiles à l’émancipation de leur épouse et aux tâches ménagères. Le retour aux bonnes vieilles valeurs ; la femme à l’éducation des enfants et à l’entretien du foyer, les hommes au travail. Elisabeth Badinter dénonce la propagande de la Leche League, une association conservatrice américaine qui défend farouchement l’allaitement maternel et le rapprochement mère-enfant, en des termes quasi religieux !!! La femme passe alors de la soumission aux hommes à la soumission aux désirs de ses enfants. L’auteur toujours favorable à notre émancipation et à notre liberté de choix (on ne nait pas femme, mais on le devient), récuse l’idée d’un instinct maternel qui imposerait à toute femme la maternité comme un passage obligé sous peine d’ostracisme social. La France propose aux femmes les moyens de faire garder leurs enfants et chiffres à l’appui, des moyens plus conséquents que dans d’autres pays européens. Certes la Scandinavie offre aux femmes des congés maternité à rallonge et très bien rémunérés mais cela ne favorise pas la natalité, natalité qui en France est supérieure à tous les autres pays européens… Aujourd’hui la femme est partagée entre la mère qui doit se sacrifier pour ses enfants et la femme qui a de l’ambition professionnelle, une femme qui refuse d’abdiquer sa liberté et de réprimer certains de ses désirs. Certaines ont pu concilier les deux ; certaines font aussi le choix d’une vie sans enfant, pour un hédonisme libertaire, mais sont encore les proies des railleries de la société. Un livre intéressant qui a le mérite de poser les problèmes des femmes confrontées à l’idéologie du retour à la nature…